November 25, 2021

Chantal Akerman, From the Other Side (Marian Goodman Gallery, Paris)

Event


09/12/2021 > 05/02/2022

Marian Goodman Gallery, Paris

www.mariangoodman.com


“Même si mon travail utilise la répétition et l'épuisement, en effet, en tant qu'être humain, je ne veux pas être dans l'épuisement. J'ai besoin que les choses soient à chaque fois inédites.
– Chantal Akerman”


Chantal Akerman, From the Other Side (Marian Goodman Gallery, Paris)

From December 9 to February 5, 2021, Marian Goodman Gallery presents in Paris Chantal Akerman, From the Other Side, an exhibition that brings together the two installations Je tu il elle, l'installation (2007) based on the 35mm film Je tu il elle (1974) and From the Other Side (2002).

From December 9 to February 5, 2021,
Marian Goodman Gallery presents in Paris Chantal Akerman, From the Other Side.


La Galerie Marian Goodman a le plaisir de présenter une exposition de Chantal Akerman, cinéaste majeure de la seconde moitié du XXe siècle, réunissant deux installations vidéo : From the Other Side (2002) et Je tu il elle, l’installation (2007). Ces œuvres abordent chacune à leur manière les thématiques principales qui habitent le cinéma d’Akerman telles que la frontière, l’enfermement, l’altérité ou l’intériorité. Comme presque toutes ses installations, les deux œuvres sont liées à des films conçus pour les écrans de cinéma, De l’Autre Côté et Je tu il elle, qui seront projetés au cinéma Le Luminor – Hôtel de Ville parallèlement à l’exposition.

Présentée au rez-de-chaussée de la galerie, Je tu il elle, l’installation est une pièce inédite. Elle a été créée en 2007 à partir de son premier long-métrage de fiction Je tu il elle (1974). En trois tableaux, le film met en scène trois personnages interprétés par Claire Wauthion, Niels Arestrup et Chantal Akerman elle-même. Je (Akerman alors âgée de 24 ans) est le personnage principal, tu est le ou la destinataire des lettres qu’elle écrit, il est un camionneur qui se confie sur ses relations aux femmes, tandis que elle est la jeune femme qu’elle rejoint chez elle. Comme dans son premier court-métrage Saute ma ville, Chantal Akerman illumine de sa présence, à la limite du burlesque.

La fin du film aborde de manière provocante pour l’époque les rapports charnels féminins. Audacieux dans sa narration et dans sa forme, le film affirme ce qui deviendra la signature de son cinéma : les travellings, le cadrage précis et frontal, la voix off, et surtout les plans-séquences qui se prolongent dans la durée. Cette temporalité est pleinement revendiquée par Akerman qui met en avant l’expérience suscitée : « Je voudrais que le spectateur éprouve une expérience physique par le temps utilisé dans chaque plan. Faire cette expérience physique que le temps se déroule en vous, que le temps rentre en vous. » 1

Le passage du film à l’installation a permis à Chantal Akerman d’expérimenter autrement le temps mais aussi d’explorer la mise en espace. Le dé-(re-)montage des images et des sons et leur spatialisation ont toujours été réalisés avec la complicité de Claire Atherton, qui l’a aussi accompagnée pour la plupart de ses montages au cinéma. La découverte de ce nouveau processus de création lui a procuré une liberté totale et lui a permis de retrouver l’innocence de ses premiers films : « Quand je m’attelle au matériau des installations, c’est comme un tournage de documentaire, tu ne sais pas où tu vas arriver, tu sculptes une matière, elle se met à s’organiser toute seule, et tout à coup l’œuvre est là, elle arrive comme une évidence. (…) Dans les installations je ne suis pas de fil, c’est magique, les possibilités multiples surviennent tandis que je malaxe la matière et c’est elle qui m’entraîne. Je la travaille, elle devient autre, et voilà on y est. L’invention provient de la transformation, le processus est libre et fascinant, une pure jouissance. » 2

Ainsi avec Je tu il elle, l’installation, Akerman livre sa libre réécriture d’une fiction réalisée plus de trente ans auparavant, en déplaçant les images sur un écran scindé en trois. Le split-screen autorise le personnage de Je à se « dédoubler » et à apparaître simultanément seule ou accompagnée, amplifiant son omniprésence à l’écran. En mettant en regard les trois parties du film qui deviennent de facto concomitantes, le triptyque offre également une expérience du temps resserrée par rapport au film de 1974.

Au niveau inférieur de la galerie, From the Other Side (2002), tout comme le documentaire De l’Autre Côté conçu la même année et présenté hors-compétition au Festival de Cannes, s’intéresse au sort des migrants mexicains qui cherchent à passer la frontière avec les États-Unis, déportés contre leur gré par les autorités américaines dans une région montagneuse et désertique de l’Arizona. « C’est une histoire vieille comme le monde et pourtant chaque jour plus actuelle. Et chaque jour plus terrible. Il y a des pauvres qui au mépris de leur vie parfois doivent tout quitter pour tenter d’aller survivre, vivre ailleurs. Mais ailleurs on n’en veut pas. Et si on en veut, c’est pour leur force de travail. Travail dont soi-même on ne veut plus. » 3

Touchée par leurs destins et leurs histoires personnelles, Akerman collecte leurs témoignages, avant, elle-même, de traverser les paysages du désert de Sonora et de passer progressivement « de l’autre côté » où elle poursuit ses entretiens avec des officiers de la border patrol ou la population locale. Au-delà des images, l’installation comme le documentaire, témoigne de la sidération d’Akerman face à la tragédie se déroulant sous ses/nos yeux, faisant d’elle la porte-voix d’une humanité en exode.

L’installation From the Other Side, spécialement conçue pour la Documenta XI en 2002, n’a pas été montrée depuis plus de 10 ans. Elle se déploie en trois temps et en trois espaces, les images tournées par Akerman ou bien issues des archives récupérées auprès des autorités américaines, défilent sur des moniteurs qui rythment un environnement dense et immersif. A l’image d’Akerman qui traverse le désert, le visiteur parcourt deux salles avant de se retrouver confronté à une installation dans l’installation, une mise en abyme poétique sous la forme de la projection finale Une voix dans le désert. « C’est avec l’installation de la Documenta que je me suis prise au jeu de l’art. Pour la première fois, j’ai eu l’idée de l’installation avant le film. Je voulais mettre un écran à la zone frontière du Mexique et des Etats-Unis, y projeter une partie du film, et le refilmer dans cet espace, son espace authentique. La troisième partie de mon installation est née avant tout le reste. » 4

Parallèlement à l’exposition, deux séances exceptionnelles sont proposées au cinéma Le Luminor – Hôtel de Ville, 20 rue du Temple : la projection de Je tu il elle (1974) mardi 14 décembre à 20h introduite par Elisabeth Lebovici, et celle de De l’Autre Côté (2002) mardi 16 janvier à 20h présentée par Claire Atherton.

Chantal Akerman (1950-2015) est une cinéaste, artiste et écrivain belge ayant longtemps vécu à Paris. Elle réalise son premier court-métrage Saute ma ville à l’âge de 18 ans. Après plusieurs années passées à New York dans le milieu du cinéma underground et expérimental, Akerman dirige son premier long-métrage, Je tu il elle, en 1974. Sa filmographie riche et multiforme compte près de cinquante films, aussi bien des court-métrages que des longs métrages. Parmi ses films de fiction les plus importants, nous pouvons citer Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975), les comédies Golden Eighties (1986) et Un divan à New York (1995), les adaptations littéraires La Captive (1999) et La Folie Almayer (2013). Elle est également l’auteure de plusieurs documentaires tels que la trilogie comprenant D’Est (1993), Sud (1999), De l’Autre Côté (2002). No Home Movie (2015), son dernier film, a été terminé juste avant son décès. Depuis 2014, un grand nombre de rétrospectives consacrées à son cinéma ont été organisées dans de nombreux pays, notamment à la Cinémathèque française en 2018.

De 1995 à 2015, Chantal Akerman a créé une vingtaine d’installations vidéo, présentées de son vivant dans de nombreux musées internationaux tels que le Jeu de Paume, le MNAM – Centre Pompidou à Paris, le Walker Art Center à Minneapolis, le SFMOMA à San Francisco ou encore le Kunstmuseum Wolfsburg en Allemagne. Chantal Akerman participe en 2002 à la Documenta XI à Kassel, en 2010 à la 29e Biennale de Sao Paulo et en 2011 à la 49ème Biennale de Venise avec sa dernière grande installation NOW. Ces dernières années son œuvre artistique a fait l’objet d’importantes expositions personnelles : en 2020 au Eye Filmmuseum à Amsterdam, en 2019 au Museum of Contemporary Art(MOCA) à Toronto, en 2018 à Oi Futuro à Rio de Janeiro, en 2015 à Ambika P3 Gallery, University of Westminster à Londres. Ses installations figurent dans les collections du Centre national des Arts Plastiques (CNAP) à Paris, du Jewish Museum à New York, ou encore du Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA). Chantal Akerman est également écrivain et l’auteure de plusieurs livres notamment Hall de Nuit (1992), Une famille à Bruxelles (1998), Ma mère rit (2013).


1 Chantal Akerman, in Balthazar n°6, été 2003
2 Chantal Akerman, Entretien en pyjama, entretien par Nicole Brenez, 2011, in Chantal Akerman, Bande(s) à part, Bobigny 2014 
3 Synopsis, De l’Autre Côté, 2001, Archives Fondation Chantal Akerman
4 Chantal Akerman, in Interview, Akerman sans frontières par Elisabeth Lebovici, Libération, 2002


www.mariangoodman.com

Marian Goodman Gallery was founded in New York City in late 1977. In 1995 the gallery expanded to include an exhibition space in Paris and in 2014 an exhibition space in London. In late 2016 she realized her dream of opening a bookstore and project space in Paris.

Galerie Marian Goodman
79 rue du Temple, 75003 Paris

T +33 (0)1-48-04-70-52
paris@mariangoodman.com

Contact presse : Raphaële Coutant raphaele@mariangoodman.com
ou + 33 (0)1 48 04 70 5

Tuesday – Saturday, 11 am – 7 pm
Closed 21 Dec 2021 – 4 Jan 2022

For over forty years, Marian Goodman Gallery has played an important role in introducing European artists to American audiences and helping to establish a vital dialogue among artists and institutions working internationally.

In parallel to the exhibition, the Luminor Hôtel de Ville cinema will host screenings of Je tu il elle (1974) on December 18, introduced by art historian, journalist, and art critic Elisabeth Lebovici. On January 14, Claire Atherton, editor and artistic collaborator of Chantal Akerman, will accompany De l’autre côté (2002).

LUMINOR Hôtel de Ville
20, rue du Temple
75004 PARIS